Serge était beau, Serge était fort, Serge aimait les femmes et elles l’aimaient en retour. Il s’étira dans le grand lit de l’auberge, repoussant l’édredon de ses jambes musclées. Réveillé par le bruit de la foule qui s’amassait dehors. Les appels de la populace commençaient à retentir « Funder, Funder ! », son nom de guerre. La fille à son coté enfonça la tète dans l’oreiller en grognant. Il ne savait pas son nom par contre et s’en moquait, ne connaissait que sa croupe et ne voulait pas en savoir plus. Ce soir ce serait une autre, plusieurs autres. Il s’était limité à une seule cette nuit car aujourd’hui était un grand jour, son grand jour. Il se leva, s’aspergea le visage d’eau de la bassine laissée là à son intention et laissa l’eau couler le long de son torse, allant jusqu’à le frotter doucement soulignant les muscles, les appréciant et sachant que ça plairait aussi à la foule.
Il s’approcha enfin des volets qui barraient la sortie vers le balcon. Il souriait sentant l’impatience de la foule, son désir de le voir et il en vibrait dans tout son être alors qu’il poussait les lintaux de bois et apparaissait à l’extérieur. La lumière le baignant, le faisant apparaitre tel un sauveur. La fille grogna lorsque le soleil se déversa dans la chambre mais il l’avait déjà oubliée. C’était son instant. Le peuple l’ovationna, le peuple ovationne toujours. Serge leva les bras encore plus haut, accueillant la clameur qui envahissait la place. Il était Dieu à cet instant, invincible. Tant de souffrance, de privations, de combats, de complots pour enfin arriver ici.
Aujourd’hui le tyran allait tomber et il le leur dit. Tous ensemble ils allaient changer les choses, faire un monde plus juste où les forts protégeraient les faibles sans plus les exploiter, où il y’aurait du travail et à manger pour tous, le pouvoir servirait le peuple sous sa tutelle éclairée. Il ne savait pas trop ce qu’il disait, il n’avait pas préparé ce qu’il allait dire, d’autres l’avaient fait pour lui mais il aimait entendre ces mots importants sortir de sa bouche. Il était presque convaincu qu’il aurait pu avoir tout autant de succès en leur clamant la recette de la tarte à la betterave mais il était fier de lui. Lui qu’on ovationnait, lui qui n’avait jamais été à l’école, lui qui n’avait eu d’autre choix que de travailler dans les mines dès sept ans, lui qui avait perdu toute sa famille massacrée par les hommes d’Umbor. Umbor encore et toujours, le comte sanguinaire qui l’avait poursuivi tout au long de son long voyage vers la capitale. Lui qui avait tenté d’empêcher le destin de faire son œuvre. Mais partout où il s’était arrêté, chaque fois qu’il avait faibli, une âme charitable lui avait ouvert sa porte, avait rajouté un couvert à table même s’ils n’avaient rien à partager. Et il le leur dit aussi. Et ils crièrent de joie, transporté par la fierté de l’avoir aidé dans sa quête, prenant fierté de ce que d’autres avaient fait, eux qui ne l’auraient jamais fait. Serge n’était pas l’homme le plus intelligent de l’assemblée certes mais il savait que ces mêmes gens qui l’ovationnaient aujourd’hui, qui le saluaient, l’appelaient de leurs vœux, lui avaient fermé la porte au nez, l’avaient donné aux soldats, vendus par peur ou plaisir. Il savait que le peuple qu’il sauvait n’en valait peut être pas la peine mais il ne le faisait pas pour eux. Non il n’avait pas eu le choix mais ça par contre il ne le leur dit pas.
Quand il eut fini et que la clameur descendit, lui fit de même dans la salle commune où ses compagnons l’attendaient patiemment. D’ordinaire, ils lui auraient lancé quelques piques sur son discours mais aujourd’hui tous étaient absorbés dans leurs pensées tout en mangeant. Les gens dehors continuaient à l’appeler, on avait dû garder les volets fermés de peur qu’ils ne brisent les vitres pour s’introduire dans l’auberge, pour le voir, le toucher. Certains prétendaient déjà que le toucher guérissait les maladies, inepties. Serge ne s’en inquiéta pas, plus ici, pas maintenant, les rapports de ses amis lui confirmèrent que tout était prêt.
Kern, un vétéran des campagnes du sud, un homme solide et grisonnant. Il lui fit un topo encourageant, la garde de la ville avait pu être achetée grâce à l’argent que les bourgeois s’étaient empressés de leur donner en échange de futurs gains. Kern le regardait fièrement lui qui lui avait si souvent sauvé la vie le regardait comme un père bienveillant en lui racontant que la milice avait trop peur de la vindicte populaire pour intervenir et que le chemin vers le palais était libre, ne restait que la garde royale mais leur manœuvre semblait avoir réussi, plus de la moitié était partie vers le sud battre la campagne à sa recherche et il serait trop tard quand il reviendrait. Il avait réussi à faire suffisamment peur au tyran pour qu’il envoie ses meilleurs hommes à la ville d’Akbah où des doubles clamant être le héros sauveur de l’humanité causaient de nombreux troubles en son nom. Ajoutant à la confusion des troupes du tyran. Celui-ci ne savait probablement même pas à quoi il ressemblait jusqu’à aujourd’hui. Mais les plans avaient été faits et refaits depuis des semaines jusque tard dans la nuit et au bout d’un moment ils n’eurent plus rien à y ajouter. Ils se regardèrent, Célia, la belle brune aux formes généreuses, Néor , le nain aux yeux bleu profond et à la barbe négligée le regardait avec un air fier, lui qui avait subi le plus d’entre eux. Tous étaient heureux d’être là pour cet instant. Et François lui souriait pour donner du courage comme il le faisait toujours, l’humour aux lèvres, le charme dans la démarche qui leur avait valu tant d’alliés de poids lors de leur quête.
Ils se serrèrent la main et se levèrent comme un seul homme, chacun attachant son arme à sa ceinture, ajustant une épaulette, une chaussure, une mèche rebelle, quelque chose, n’importe quoi pour faire passer l’attente et la pression. Et puis, ils sortirent, la clameur se tut, les rangs s’ouvrirent pour les laisser passer. Il y’avait des hommes et femmes de toute condition, même des enfants juchés sur les épaules de leurs parents. Le soleil était déjà haut mais tous avaient arrêté de travailler pour venir le voir accomplir sa destinée, leur destinée.
Le palais vu d’ici semblait presque ridicule, une riche demeure bourgeoise ceinte d’un mur d’à peine quelques mètres de haut. Il n’y avait plus rien à faire qu’avancer. Lorsque l’édifice devint assez grand pour qu’ils doivent lever la tête pour l’embrasser du regard ils s’arrêtèrent un instant. Ils savaient qu’on les observait, qu’on les craignait. Serge eut presque pitié du tyran qui s’il n’était pas fou devait contempler sa vie et la mort qui approchait tout en se débattant pour survivre.
Des gardes étaient en faction aux portes de l’enceinte mais ils s’écartèrent tout en regardant fixement devant eux, comme s’ils accueillaient des visiteurs de marque, comme s’ils n’étaient pas en train de trahir leur suzerain. « Lâches » pensa Serge et il eut presque envie que le peuple les attrape pour les tailler en pièce mais celui-ci restait à distance respectueuse en haut de la place. Ils avaient encore peur du tyran et Serge se doutaient qu’ils en auraient encore peur longtemps même après sa mort.
Pour la première fois il se demanda ce qu’il faisait réellement là. La vengeance l’avait poussé jusqu’ici, les autres l’avaient transformé en étendard, en symbole de liberté et c’était bon après avoir passé une enfance ignoré de tous dans les mines à rapporter l’argent que son père buvait. Son amertume passagère lui fit ajouter in petto « et qu’il nous battait, le salaud ».
On le tira par le bras. Il s’était arrêté et Néor le regardait avec son regard confiant. Il devait penser qu’il avait peur mais qui n’aurait pas eu peur à cet instant où il allait changer l’histoire ? Néor comprenait ce qui pesait sur ses épaules lui qui avait dû vivre avec le poids du regard des autres, qui avait dû convaincre tout le monde qu’il pouvait être utile et qui l’avait payé au prix fort, torturé, marqué à vie. Serge sourit en retour et reprit son chemin, la main sur l’épaule de son compagnon.
Plus ils avançaient moins les gardes étaient coopératifs « enfin ! ». Il y’avait une limite à leur lâcheté.
Kern avançait avec précaution, de coin en coin, longeant les murs, l’épée au clair. Serge sur les talons, hache en main, elle qui l’avait tant servi, il avait fait aiguisé la lame la veille mais le bois était le même, taché de sang et patiné par l’usage. François lui tenait l’arrière garde, arbalète sous le coude.
Au premier étage les choses se corsèrent, ils durent commencer à combattre mètre par mètre, les gardes arrivant par petits groupes, criant pour en rameuter d’autres. Mais ils ne faisaient leur travail que par peur ou conscience professionnelle, sans conviction. Souvent ils lâchaient leurs armes dès la première passe ou laissaient délibérément une ouverture afin d’en finir plus vite sur une mort honorable qui ne serait honorée par personne. Ils arrivèrent enfin dans la salle de l’assemblée, là où le tyran avait l’habitude de siéger, là où il avait prononcé tant de sentences et de lois retorses face à un public terrorisé. Car ce sont les nobles qui avaient le plus peur du tyran alors qu’ils en souffraient le moins. Ce sont eux qui l’avaient armé, lui Funder, pour être le bras de leur vengeance, enfin ça c’est ce qu’il leur laissait croire. Il avait pris leur or, leur soutien mais restait libre et le serait toujours. Devant les portes, deux gardes en livrée officielle, noir et or, hallebardes en main, croisées en face des lourds battants. L’un avait les jambes qui tremblaient mais restait malgré tout à son poste. Serge voulut les menacer de sa hache mais il les sous estima car ils abaissèrent rapidement leurs armes avant qu’il ne soit au contact. Et malgré qu’elles n’étaient pas faites pour les combats d’intérieur il manqua de peu d’être occi par l’une d’elle. Mais ils furent emportés par le poids alors que Serge reculait à l’écart. Kern coupa la hampe du premier, la main qui tenait celle-ci fut tranchée en même temps et l’homme tomba à genoux en se tenant le poignet, hurlant à la vue de la gerbe de sang qui en sortait par à coup. L’autre avança d’un pas, prenant appui pour relever son arme mais il reçut le carreau d’arbalète de François en plein visage, lui clouant le béret de velours sur le front ainsi qu’une expression surprise rapidement recouverte d’un filet de sang. L’homme s’affala de tout son long.
Serge poussa la porte, s’arc boutant et en y ajoutant un coup de pieds puissant dès qu’elles se mirent à bouger mais elles continuèrent à s’ouvrir doucement sans l’effet tonitruant qu’il aurait voulu produire.
La salle était gigantesque, ornée de colonnes, de bancs de marbres, de draperies qui tombaient entre chaque colonne et qui auraient pu cacher des dizaines d’hommes mais qui semblaient désertes. Il fit un signe de la main pour indiquer à ses compagnons de rester là et de garder l’entrée. Il descendit lentement le centre de la salle vers le trône où semblait affalé un vieillard. « Peut-être le lâche s’est-il donné la mort » Pensa Serge. « Peut être n’aurais-je même pas à l’affronter » car à cet instant il ne ressentait plus la colère et la haine qui l’avait nourri pendant toutes ces années. Il n’arrivaient plus à en vouloir à cet homme qui lui avait pris sa famille et ses amis, il avait du mal à se souvenir de leurs visages et par contre réalisait que l’homme assis sur le trône n’était en effet qu’un homme et que Serge allait être déçu parce qui allait se passer.
Ses pas résonnaient sur le dallage tel les coups d’une horloge funeste. Son cœur lui battait la chamade mais il s’efforçait de continuer à avancer lentement. Ses paumes étaient moites et glissaient sur la poignée de la hache, il aurait du la recouvrir de farine comme il en avait l’habitude mais il avait oublié. L’homme assis sur le trône ne bougeait toujours pas. Il avait la tète appuyée sur le bras, les yeux fermés mais sans avoir l’air endormi, ni vieux d’ailleurs. Il était emmitouflé dans une longue robe noire épaisse.
Il avait les traits tirés, les cheveux grisonnants sur une calvitie frontale naissante, le visage las, les plis de la bouche pincés comme par trop de sévérité pointaient vers le bas, éternellement mécontent. Et surtout il semblait malade, trop fatigué, amoindris. Il ouvrit les yeux doucement, ne parut pas surpris de la présence de son bourreau et releva lentement la tète comme pour l’étudier avant de la laisser retomber sur sa paume d’un air blasé. Encore quelque pas, Serge sentit qu’il aurait du dire quelque chose mais ne fit que resserrer sa prise sur son arme, son cuir chevelu se mettant à le gratter mais il n’osait enlever une main pour soulager son crane. Moment de gloire gâché par la gratouille, joie. Pensa-t-il. Il secoua la tète envoyant ses mèches sur le coté en un geste dont il avait l’habitude. « Vous êtes en retard » la voix était cassante, méprisante mais malgré tout à peine audible, couverte par le bruit de ses pas et Serge du s’arrêter pour entendre la suite. « … attendais à l’aube, mieux, cette nuit vu que je ne dormais de toute façon pas mais non monsieur prenait ses aises à la meilleure auberge de la ville. Les héros ne sont plus ce qu’ils étaient, de mon temps ils montaient à l’assaut dès la première heure sans faire attendre, c’est très impoli. Ils combattaient avec la force de leur bras et leur foi et non pas avec le Dieu argent et le fiel des familles nobles qui rends les choses tellement plus facile n’est-ce-pas ? Vous croyez que vous aurez encore un quelconque crédit pour m’avoir occis? Moi qui ai combattu la corruption toute ma vie vous venez de lui donner un aura, une justification qui sera difficile à effacer. Vous faites un très mauvais exemple pour la jeunesse vous savez ? Très mauvais…. » Il laissa sa voix mourir. Serge se demande un instant si l’homme était devenu fou, s’il ne réalisait pas qu’il était là pour le tuer.
mardi, mai 24, 2011
La Nostalgie du Tyran - Chap 2 - Jour de gloire
Musique d'inspiration: ACDC - Thunderstruck
jeudi, janvier 13, 2011
La Nostalgie du Tyran, version 3 - Chapitre 1: La Vague Aveugle
Troisième essai, le bon cette fois peut-être. Il faut y croire :).
Je mélange donc deux histoires qui me turlipinent depuis un bail, chemin vers pensée et la nostalgie du tyran mais je pense qu'elles se marieront bien, on verra.
C'est un premier jet qui reprends des morceaux que j'avais déjà écris mais qui en grande partie est réécrit from scratch.
principale musique d'inspiration: Corvus Corax - Florent Omnes
Je mélange donc deux histoires qui me turlipinent depuis un bail, chemin vers pensée et la nostalgie du tyran mais je pense qu'elles se marieront bien, on verra.
C'est un premier jet qui reprends des morceaux que j'avais déjà écris mais qui en grande partie est réécrit from scratch.
principale musique d'inspiration: Corvus Corax - Florent Omnes
Lentement une feuille tourbillonnait vers le sol, des goutes rouges de rosée glissaient le long de la surface lisse que la lumière caressait. Son regard la suivit jusqu’au sol où elle se posa lentement dans la main ouverte et pâle d’un cadavre. Il se sentit glacé, la peur se répandit en lui. Où était-il ? Le bruit, l’odeur de mort, de sueur et de boyaux vidés. Ses yeux s’abaissèrent lentement vers son propre corps, ses mains vides mais couvertes de sang et de terre fraiche. Il sut qu’il était tombé à genou, il sentait l’humidité qui lentement passait au travers de ses chausses. Où peut-être était-ce la pluie, il venait à peine de réaliser qu’elle tombait. Des petites rigoles remplies de sang se frayaient un chemin dans la boue. Et partout, aussi loin qu’il pouvait voir des cadavres.Lentement le bruit rempli l’espace, les combats n’étaient pas finis. Il marcha lentement, difficilement comme s’il n’avait plus bougé depuis des heures, ses membres endoloris lui faisaient mal.
Il approchait de la lisière des bois et le bruit grandissait, grondait : des râles, des cris, le claquement de fouets, des voix des centaines de milliers de voix qui scandaient en chœur ou en désordre, priaient, hurlaient sans s’entendre. Il cligna des yeux, encore et encore, chassant la pluie, les pleurs, pourquoi pleurait-il ? Enfin il put distinguer ce qui jusqu’alors ne formait qu’un mur pale à l’horizon. Une marée humaine monstrueuse qui avançait inexorablement, une vague à perte de vue de créatures torturées, nues, aveugles, les yeux d’un blanc laiteux grands ouverts sur le ciel remplis de nuages menaçants, la bouche ouverte sur leurs supplications. Ils boitaient enchainés les uns aux autres par un crochet planté dans la chair, dans l’os. Ouvrant des blessures infectées, noires, grouillantes de vers et de mouches. Certains pourrissaient debout, d’autre mourraient avant, étaient trainés malgré tout par les autres jusqu’à ce qu’ils ne restent plus rien d’eux que ce crochet rouillé, noir de sang caillé. Ils avançaient à tâtons, se bousculant les uns les autres, et derrière claquait les fouets de leurs maitres. Aveugles eux aussi dont le seul et unique but n’était plus que de frapper devant eux en un rythme connu d’eux seul comme si c’était là leur dernière, leur seule raison de vivre. Il fut pétrifié par ce paysage de cauchemar, cette marée humaine blafarde qui taillait en pièce les dernières poches de résistances qui se tenaient encore sur son chemin. De maigres groupes d’hommes, bardés de lances sur lesquels s’empalaient les aveugles. Entrainant les piques dans leur chute, continuant à frapper l’air puis le sol tout en priant et en râlant de douleur. D’autres les piétinaient et mourraient à leur suite jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien face à eux.
Ils s’approchèrent frappant et psalmodiant de la lisière des arbres, vers lui, lui, toujours pétrifié d’horreur, les jambes de coton, les chausses mouillées.
Les formes continuaient à battre l’air, attaquant même les branchages et les troncs d’arbres, les réduisant en copeaux de bois, l’esprit absent, submergé par la douleur et la folie, obnubilés par les prières scandées « Maeror abit scaebilus » Une main parcheminée lui attrapa le bras, le secoua violemment « Courez monsieur ! Fuyez ils n’ont aucune pitié, le jour est perdu, il l’a toujours été » L’homme cracha à ses pieds, le regard apeuré malgré le poids des années qui faisaient de lui un vétéran. Il n’attendit pas de réponse et s’enfonça plus profondément dans les bois. Il le regarda disparaître parmi le vert sombre de la foret. La vague aveugle se rapprochait inexorablement, s’enfonçait dans les sous-bois. Il aperçut derrière elle des hommes qui la guidait à cheval, criant des ordres, frappant les pauvres hères, et parfois courant derrière un fuyard, un homme qui avait pu pouvoir y réchapper en faisant le mort ou en courant. Il était temps de partir, il ne sut jamais pourquoi malgré la peur il avait attendu si longtemps à contempler la mort, sa mort, avancer. Mais il finit enfin par tourner les talons et fuit par là où il avait vu l’autre homme partir.
Il courut et courut encore, ses premiers pas hésitants, manquant de trébucher, ses mains se rattrapant à l’écorce des arbres, s’écorchant la peau. Mais il accueillait avec bienveillance ce picotement, le sang qui pulsait dans ses doigts qui lui rappelait qu’il était encore en vie, il redoubla d’ardeur malgré les muscles qui le brulaient. Il aurait presque rit d’allégresse de se sentir vivant car il ne savait pas d’où il venait, ne savait pas qui il était et son esprit fit le vide sur la seule chose qu’il savait de son passé. Bercé par la clameur des hommes sans visages et de leur prières qui s’éloignait doucement.
...Elle avait les cheveux bruns, tirant vers le roux, la taille fine. Il avait déjà envie d'elle alors qu'il venait à peine d'entrer dans la pièce. Son membre se tendait contre ses chausses. Son être entier semble ainsi s'étirer vers elle, chercher à l'atteindre plus vite. Il ferma la porte et attendit à l'entrée. Il avait besoin de la toucher, cela faisait si longtemps. Elle crispa ses épaules lorsqu'elle l'entendit, elle savait que c'était lui. Elle avait toujours eu ce don pour le sentir, le lire comme s'il était transparent pour elle. Cela l'avait désarçonné au début, lui qui se trouvait si malin, si secret.
Il ouvrit la bouche pour murmurer son nom, sa main se leva lentement, anticipant la caresse qu'il lui donnait déjà en songe. Mais elle se tourna brusquement, brisant le rêve éveillé, le ramenant à la triste réalité.
"Vas-t-en, tu ne comprends donc pas? Je n’en peux plus de ton amour, de ta douleur." Elle se jeta sur lui, ses yeux rougis par les pleurs. Depuis qu'elle sait que je vais venir pensa-t-il amèrement. Autrefois, il l'aurait prise dans ses bras, l'aurait laissée le frapper de ses petites mains délicates, il aurait emprisonné sa taille, ses mains l'auraient caressée, sa bouche aurait cherché ses lèvres pour faire taire ses faibles mots de protestations. Peut-être aurait-il alors glissé sa main entre ses jambes, ou l'aurait-il jetée sur le lit où elle serait tombée en soumission. Tout cela changerait son non offusqué en oui suppliant.
Il l'aurait prise et elle aurait pleuré, de joie cette fois. Autrefois. Mais pas aujourd'hui. Sa lettre lui avait glacé le cœur et même s'il l'aimait et la désirait toujours autant il n'arrivait plus à le lui imposer. Il ne pouvait pas la forcer à l'aimer si elle disait en aimer un autre. Même s'il savait qu'elle l'aimait encore. Mais à quoi bon?
Un mari ça se trompe, on le connait, on l'aime tendrement, on y est attaché mais il a perdu le pouvoir de la nouveauté, un prétendant c'était une toute autre affaire, peu importe son statut son origine (il le haïssait déjà), il avait du pouvoir, de quoi séduire, mentir et éblouir.
Un autre amant que lui, plus présent, plus proche, plus réel donc qui lui enlevait son unicité à lui, sa place de roi dans ses yeux à elle et surtout dans son cœur. Il aurait dû se battre comme le font les coqs et les chiens mais il était trop digne pour ça, même pour elle. Il ne voulait pas être différent de celui qu'elle avait aimé. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait encore et il n'avait pas compris. Elle l'aimait oui mais par défaut sans qu'il ait droit au chapitre. Elle aimait comme on aime une peinture et non ce qu'elle dépeint et encore moins l'artiste. Lui il l'aimait du désespoir car malgré tout ce qu'il avait dans la vie, il ne voulait qu'elle et quelqu'un la lui avait prise, non pire, elle s'était donnée. Un premier venu, un peu intelligent, très charmeur, un homme bon probablement si on avait confiance à son jugement mais un autre homme quand même. Il avait souffert quelque temps enfermé, décidé à vivre sans elle, à vivre malgré elle.
Mais il n'y arrivait pas vraiment, alors il était venu la voir.
Et là, ici, il comprenait enfin qu'elle avait mal, ou qu'elle avait eu mal et qu'elle avait une autre façon que lui de le vivre. Cela l'attrista et il grimaça. Sa main se portant instinctivement à son ventre et puis il sentit les larmes couler sans avoir eu le temps de les retenir mais malgré toutes ses envies de la supplier, de la tenir, de se fâcher et de la prendre là il ne fit rien. Il se força à sourire et dit "Je comprends, c'est probablement mieux ainsi. Je t’aime Amélia, prends soin de toi.". Il s'effaça lentement, regardant leur image se séparer dans le miroir plutôt que de sonder ses yeux, qu'elle avait comme lui, bleu gris, de peur d'y voir une lueur d'espoir, de désir. La porte se referma sans qu'il embrasse à nouveau cette bouche parfaite. La porte se referme et l'oubli prit le pas. Seul le martèlement de ses jambes comptait. Qui était-elle ? Qui était-il ? Il ne le savait pas et les larmes continuaient de couler, la douleur de ses muscles se mêlant à celle du coeur, il aurait voulu courir ainsi jusqu’au bout du monde s’il y’en avait un.
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vendredi, octobre 08, 2010
Nurturing a story
Ah! Ecrire, quelle malédiction! Je mulitiplie les essais, un chapitre, deux, parfois plus sont couchés sur le papier et y restent vaincus. Manque de temps surtout, de persévérance (aussi) d'humeur (parfois). Je me consolle en me disant que ça me permet de nourir l'histoire que j'ai en tête ( à condition qu'elle y reste).
Le brouillon et l'essai de premier chapitre publiés dernièrement (tout est relatif) me tentent toujours, attendent toujours une retranscription de mes notes papier (la question dans ces cas là est surtout de savoir si le travail en vaut la chandelle, chandelle bien utile lorsqu'il faut se pencher douloureusement sur le bout de papier remplis d'une écriture fébrile et cahotante (dû au moyen de transport et non à la folie qui me guette)) même si j'ai depuis écris un autre premier chapitre (troisième essai d'une histoire qui me hante depuis près de 2 ans), l'idée me vient peu à peu de relier ces histoires (pas juste pour pouvoir prétendre que voilà j'ai trois chapitres vu qu'il me faudra probablement tout réécrire) car il faut bien l'avouer j'ai un autre manque c'est celui de ne pas trop savoir où je vais (à part une vague idée de ce que je veux raconter évidemment mais si l'origine et le but,lointain, sont en tête le chemin lui n'a pas encore germé). Je fonctionne à l'instinct, à l'humeur (la mienne cela va de soi mais celle des personnages aussi, l'un capricieux exigeant voudra commander, punir, s'isoler, l'autre perdu chercher à suivre et à apprendre. Il me faut donc trouver des espaces où ses personnages puissent s'épanouir et ce n'est pas tout car voilà j'ai en plus la prétention de vouloir faire de tout ça une lecture agréable (là où le bas blesse me direz vous) et je ne peux m'empêcher pour l'instant de ne pas être satisfait des résultats obtenus, c'est donc en forgeant qu'on devient forgeron mais mon assiduité est-telle que ce sera un travail de longue haleine. J'espère reprendre d'ici la fin de l'année afin de me fixer et d'enfin voir grandir un projet qui me titille depuis bien trop longtemps.
Le brouillon et l'essai de premier chapitre publiés dernièrement (tout est relatif) me tentent toujours, attendent toujours une retranscription de mes notes papier (la question dans ces cas là est surtout de savoir si le travail en vaut la chandelle, chandelle bien utile lorsqu'il faut se pencher douloureusement sur le bout de papier remplis d'une écriture fébrile et cahotante (dû au moyen de transport et non à la folie qui me guette)) même si j'ai depuis écris un autre premier chapitre (troisième essai d'une histoire qui me hante depuis près de 2 ans), l'idée me vient peu à peu de relier ces histoires (pas juste pour pouvoir prétendre que voilà j'ai trois chapitres vu qu'il me faudra probablement tout réécrire) car il faut bien l'avouer j'ai un autre manque c'est celui de ne pas trop savoir où je vais (à part une vague idée de ce que je veux raconter évidemment mais si l'origine et le but,lointain, sont en tête le chemin lui n'a pas encore germé). Je fonctionne à l'instinct, à l'humeur (la mienne cela va de soi mais celle des personnages aussi, l'un capricieux exigeant voudra commander, punir, s'isoler, l'autre perdu chercher à suivre et à apprendre. Il me faut donc trouver des espaces où ses personnages puissent s'épanouir et ce n'est pas tout car voilà j'ai en plus la prétention de vouloir faire de tout ça une lecture agréable (là où le bas blesse me direz vous) et je ne peux m'empêcher pour l'instant de ne pas être satisfait des résultats obtenus, c'est donc en forgeant qu'on devient forgeron mais mon assiduité est-telle que ce sera un travail de longue haleine. J'espère reprendre d'ici la fin de l'année afin de me fixer et d'enfin voir grandir un projet qui me titille depuis bien trop longtemps.
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mardi, juin 01, 2010
Chemin vers pensée - Chapitre 1
Je pars d'un côté totalement différent de ce que j'ai fait auparavant (probablement du à ma lassitude face à la fantasy) j'envisage plus quelque chose dans l'idée (sans juger de la qualité de ce que je fais) du Candide de Voltaire avec l'inspiration et les idées qui viennent. Même si l'idée de base m'est venue lors de l'écoute de la mémoire neuve de Dominique A.
Elle avait les cheveux bruns, tirant vers le roux, la taille fine. Il avait déjà envie d'elle alors qu'il venait à peine d'entrer dans la pièce. Son membre se tendait contre ses chausses. Son être entier semble ainsi s'étirer vers elle, chercher à l'atteindre plus vite. Il ferma la porte et attendit à l'entrée. Il avait besoin de la toucher, cela faisait si longtemps. Elle crispa ses épaules lorsqu'elle l'entendit, elle savait que c'était lui. Elle avait toujours eu ce don pour le sentir, le lire comme s'il était transparent pour elle. Cela l'avait désarçonné au début, lui qui se trouvait si malin, si secret.
Il ouvrit la bouche pour murmurer son nom, sa main se leva lentement, anticipant la caresse qu'il lui donnait déjà en songe. Mais elle se tourna brusquement, brisant le rêve éveillé, le ramenant à la triste réalité.
"Vas-t-en, je ne veux plus te voir Romain, tu ne comprends pas?" Elle se jeta sur lui, ses yeux rougis par les pleurs. Depuis qu'elle sait que je vais venir pensa-t-il amèrement. Autrefois, il l'aurait prise dans ses bras, l'aurait laissée le frapper de ses petites mains délicates, il aurait emprisonné sa taille, ses mains l'auraient caressée, sa bouche aurait cherché ses lèvres pour faire taire ses faibles mots de protestations. Peut-être aurait-il alors glissé sa main entre ses jambes, ou l'aurait-il jetée sur le lit où elle serait tombée en soumission. Tout cela changerait son non offusqué en oui suppliant.
Il l'aurait prise et elle aurait pleuré de joie cette fois. Autrefois. Mais pas aujourd'hui. Sa lettre lui avait glacé le coeur et même s'il l'aimait et la désirait toujours autant il n'arrivait plus à le lui imposer. Il ne pouvait pas la forcer à l'aimer si elle disait en aimer un autre. Même s'il savait qu'elle l'aimait encore. Mais à quoi bon?
Un mari ça se trompe, on le connait, on l'aime tendrement, on y est attaché mais il a perdu le pouvoir de la nouveauté, un prétendant c'était une toute autre affaire, peu importe son statut son origine (il le haïssait déjà), il avait du pouvoir, de quoi séduire, mentir et éblouir.
Un autre amant que lui, plus présent, plus proche, plus réel donc qui lui enlevait son unicité à lui, sa place de roi dans ses yeux à elle et surtout dans son coeur. Il aurait dû se battre comme le font les coqs et les chiens mais il était trop digne pour ça, même pour elle. Il ne voulait pas être différent de celui qu'elle avait aimé. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait encore et il n'avait pas compris. Elle l'aimait oui mais par défaut sans qu'il ait droit au chapitre. Elle aimait comme on aime une peinture et non ce qu'elle dépeint et encore moins l'artiste. Lui il l'aimait du désespoir car malgré tout ce qu'il avait dans la vie, il ne voulait qu'elle et quelqu'un la lui avait prise, non pire, elle s'était donnée. Un premier venu, un peu intelligent, très charmeur, un homme bon probablement si on avait confiance à son jugement mais un autre homme quand même. Il avait souffert quelque temps enfermé, décidé à vivre sans elle, à vivre malgré elle.
Mais il n'y arrivait pas vraiment, alors il était venu la voir.
Et là, ici, il comprenait enfin qu'elle avait mal, ou qu'elle avait eu mal et qu'elle avait une autre façon que lui de le vivre. Cela l'attrista et il grimaça. Sa main se portant instinctivement à son ventre et puis il sentit les larmes couler sans avoir eu le temps de les retenir mais malgré toutes ses envies de la supplier, de la tenir, de se fâcher et de la prendre là il ne fit rien. Il se força à sourire et dit "Je comprends, c'est probablement mieux ainsi". Il s'effaça lentement, regardant leur image se séparer dans le miroir plutôt que de sonder ses yeux, qu'elle avait comme lui, bleu gris, de peur d'y voir une lueur d'espoir, de désir. La porte se referma sans qu'il embrasse à nouveau cette bouche parfaite. La porte se referme et l'oubli prit le pas. L'oubli complet.
Je clignai des yeux, lentement d'abord, l'espace semblait s'agrandir autour de moi, l'air se rafraîchir, la lumière envahir ma vision, m'aveuglant comme le fait le soleil lorsqu'on viole une chambre de malade en ouvrant les rideaux. Je portai une main protectrice à mon visage, j'essayai à tout le moins. Mon bras resta mollement pendu à mon côté, inerte, alors que les sensations reprenaient droit sur mon corps. La douleur et les fourmis se répandaient à travers moi, je grimaçais. Ankylosé, je pris le temps de regarder alentours. Une forêt insondable, fraîche, presque froide, inextricable, enchevêtrée, le soleil ne perçant pas la frondaison. J'avais l'impression de sentir l'humus jusqu'ici car tout en elle respirait la putréfaction, la décadence.
Je toussai, sans trop savoir pourquoi, le soleil, la fraîcheur, le corps qui reprenait ses droits par une réaction instinctive et protestatrice.
Lentement mon regard se déporta vers sa droite, sur la plaine coulant entre moi et la forêt, moi sur ma souche, la plaine se cabrant au soleil et s'étirant dans le lointain, grimpant en colline douce où se creusait un chemin de terre brune. Là bas, la route, là se trouvait le destin, je le sentais car en haut de la colline se dessinait une innocente auberge croisée de colombages rassurants, humains, tout comme la fumée à peine perceptible qui paraissait hors de la maigre cheminée.
"Vous voilà enfin revenu dans le monde des vivants?" Je sursautai sur place, tentai de me retourner, en vain, les jambes encore endormies ne m'obéirent pas et je m'affalai mollement sur le côté dans l'herbe tel un pantin auquel on avait joué un mauvais tour et dont on s'était lassé.
Je ne me souvenais de rien, sauf de ce songe, de ce souvenir, cet amour qui me brûlait déjà les entrailles pour une femme dont je ne connaissais même pas le nom. Dont je ne connaissais rien sauf les cheveux, la bouche, les yeux, un corps que j'arrivais presque à sentir sous mes doigts. Mais le pire c'est que j'en savais encore moins sur moi-même. La panique me prit à la gorge. Ma mémoire avait été complètement effacée ce qui rendait la seule scène m'occupant l’esprit encore plus obsédante, plus réelle et capitale. Mon cœur s’emballait, je tentais encore de me relever en me frétillant mollement dans l’herbe. L’homme, car c’en était un, qui l’avait apostrophé s’approcha lentement, me toisant, curieux, la tête légèrement penchée se demandant probablement quel énergumène il avait alpagué là. Ses cheveux gris bouclé et en bataille semblait indiqué un âge avancé. Il semblait cependant porter une attention particulière à sa barbichette qui cernait des lèvres boudeuses. Il avait l’amabilité de ne pas se moquer et me tendit une main secoureuse.
Faiblement je me relevai, vacillant encore sur mes jambes douloureuses. « Désolé de vous avoir effrayé, vous êtes immobiles depuis hier au soir au moins. Une vraie curiosité pour la région. »
Ma gorge était trop sèche pour parler, je me contentai de répondre par un maigre sourire sur mes lèvres craquelées. J’émis une sorte de croac comique. Le vieil homme sourit : « Vous devez être affamé, venez avec moi à l’auberge, on vous requinquera. » Je souris encore, soulagé de retrouver un environnement humain, de la nourriture et de l’eau surtout. Dieu que j’avais soif.
Mais plus j’approchais et plus j’étais angoissé, effrayé. Il y’aurait des gens là bas. Peut-être même des personnes qui me connaissaient ou qui m’avait fait du mal. Car on m’en avait fait d’une manière ou d’une autre j’en étais certain. On n’attrape pas soudainement une perte de mémoire apathique en se promenant dans un champ. Je ne savais pas encore ce qu’on m’avait fait mais je ne voulais pas rencontrer les responsables. Je ralentis, tentait de me laisser distancer par mon jovial compagnon qui salivait déjà à l’idée d’un bon repas. Enfin, je m’arrêtai complètement. Je n’avais nulle part où aller, à part cette souche où tout avait commencé. « c’est comme si j’étais né aujourd’hui, déjà adulte ».
Le vieil homme me contemplait en silence alors je tentai de lui expliquer, les mots eurent du mal à sortir et comme je n’avais pas grand-chose à raconter je ne cachais rien. Je m’étais remis à marcher en parlant d’elle. Je comprenait, je pense, que j’avais envie, non besoin, de la revoir.
Et c’est donc devant un bouillon généreusement garni de viande que je fini d’expliquer le peu que je savais de moi –même. J’avais tellement parlé d’elle déjà que le vieil homme, Maître Tuvan, avait compris que j’en étais irrémédiablement amoureux.
- Voilà qui est bien singulier, car vous dites, je pense qu’elle a, pardonnez moi , les mêmes yeux que vous, d’un bleu profond. Hors vos yeux sont d’un brun des plus commun. Sans offense bien sûr. Nous essayons ici d’éclaircir un mystère et qui déjà me passionne. Etes vous certain de ne point vous raccrocher à un rêve ?.
Je me tâtais le visage instinctivement comme si je pouvais ainsi voir la couleur de mes yeux. Un sentiment de colère m'envahit. Qui était-il pour douter ainsi de mon amour? Je serrai les mâchoires et le poing, prêt à me lever et partir mais à nouveau je ne savais pas où aller et il faut bien l'avouer la peur de l'inconnu était très forte car tout m'étais inconnu. Je fini par avouer de mauvaise grâce que je n'en savais rien que seul mes sentiments, le besoin, le manque et la chaleur que je ressentais à sa pensée me convainquait de la véracité de mon unique souvenir.
Il hocha la tête "Vu que c'est la notre seule piste sur votre passé nous la suivrons donc." Je protestais faiblement à la fois rassuré et inquiet qu'il veuille m'accompagner. Il répondit qu'il ne pouvait passer à côté de l'occasion de venir en aide et étudier un être aussi singulier que moi.
Je me souvenais avoir eu un aperçu de mon image dans sa chambre à elle, brièvement lors de notre séparation dans ce miroir en pieds qui semblait se moquer. Mes yeux était bleus, mes traits fins, le nez un peu long, les cheveux bruns foncés tombant sur le front. Je demandais donc à notre hôte si elle ne disposait pas d'un miroir, cet ustensile couteux et frivole et heureusement c'était le cas pour sa plus luxueuse chambre qu'elle nous enjoint de ne salir sous aucun prétexte.
Mon choc fut rude car je n'étais tout simplement pas moi-même. Là où dans mon souvenir mes traits étaient allongés, fins, mes yeux bleus gris, mon regard torturé et sévère, ma bouche souriante. J'avais ici un air benêt, des traits plutôt ronds, un petit nez et des yeux bruns, les traits tirés par la fatigue. Ma première réaction instinctive fut évidemment de dire "Ce n'est pas moi" après tout ce n'était peut-être pas ma mémoire que l'on avait effacée mais mon corps qu'on avait changé.
Ce à quoi Maître Tuvan répondit: "Ah je proteste vous êtes bien vous, la question est de savoir si vos souvenirs sont réels et si oui, s'ils vous appartiennent car un corps est un corps, il n'apparait pas de nulle part monsieur, il se doit d'arriver à maturité en suivant les étapes de la vie, l'esprit c'est tout autre. Ce corps est à vous et vous l'avez eu toute votre vie, vous n'avez perdu que votre identité."
J'étais affalé sur le bord du lit qui ornait la pièce (avec un matelas! mais je n'en avais cure) plus richement décorée que les autres. Probablement pour les voyageurs à la bourse très remplie, bien plus que la mienne. Je m'étonnais d'ailleurs d'en avoir une.
"Je dirais que vous avez l'air d'un marchant ou d'un artisan mais pas d'un noble. Hors le milieu que vous avez décrit est clairement au dessus de votre mode de vie et du mien d'ailleurs. Il n'est pas impossible qu'une noble s'amourache à un pauvre bougre mais pas au point de vouloir faire sa vie avec lui et encore moins de le pouvoir hors c'est bien ce que vous sembliez espérer. J'ai bien peur que ce ne soit tout simplement pas vos souvenirs. Que les vôtres ont été supplantés par cet ersatz de la vie d'un autre, volontairement ou pas. Personnellement, je pense que l'on vous a utilisé, qu'on vous a soit volé vos souvenirs et que ce sont là les traces d'effractions ou qu'on a voulu se débarrasser de souvenirs compromettants pour une raison ou une autre."
Je protestais faiblement "Mais...je l'aime".
"O, ça je n'en doute pas, en temps normal j'essayerai de vous conseiller de l'oublier dans les bras d'une autre mais dans ce cas précis ce serait cruel car il ne vous resterait rien de votre passé. De plus je crains fort que ça ne marcherait pas vous êtes tellement accroché à ce souvenir que cela pourrait bien vous tuer de l'oublier. L'amour est ici quelque chose de tellement rassurant pour vous, vous vous êtes accaparé la seule chose que vous pouviez et il est maintenant trop tard. Une fois que le poison est dans le corps on ne peut qu'y survivre et non l'extraire."
- Je ne veux pas qu'on l'extraie, ce n'est pas un poison! Je répondit, têtu.
"O c'en est bien un, le manque va doucement vous ronger de l'intérieur, un trou béant vous habitera jour et nuit sans jamais plus vous quitter. Les douces pensées à son sujet pourront rendre toute autre chose insipide, indigne d'intérêt. Bref vous voilà ensorcelé par quelqu'un qui ne l'a probablement même pas demandé et qui ne vous connait pas.
Je murmurai un faible "je ne sais pas" Que savais-je en effet de la vie moi qui avait tout oublié?
"Personne ne sait" répondit-il compatissant "Voilà ce qui vous rends si intéressant, vous avez si peu de certitudes, d'opinions pré faites. Je suis sûr que malgré mon érudition je pourrais apprendre beaucoup de vous. Un homme sur lequel les habitudes et les coutumes n'ont pas eu prise, c'est inespéré."
Je haussais les épaules sans trop savoir que dire. Nous parlâmes encore un peu mais j'étais fatigué par toutes ses émotions qui m'avait envahie et bousculé aujourd'hui.
Nous louâmes donc une chambre et je m'y affalai rapidement dans un sommeil profond. Dans mon rêve, elle s'éloignait sans cesse et maître Tuvan me répétait sans cesse en me tirant par la manche "Ce n'est qu'un rêve, ce n'est qu'un rêve". Je voulais l'appeler par son nom mais je ne le connaissais pas. Je voulais lui dire "C'est moi!" mais elle ne me connaissait pas. Je ne pouvais même pas lui dire qui j'étais moi-même. Et cela faisait rire maître Tuvan, il riait, riait et j'entendis encore son rire lorsque j'ouvris les yeux en sueur. J'étais courbaturé et j'avais l'impression d'être encore plus fatigué que la veille. Nous partîmes tard dans la journée, le soleil était haut dans le ciel. Cela ne semblait pas inquiéter mon compagnon qui m'avait-il dit, avait l'habitude de parcourir le monde, de marcher longuement et de dormir à même le sol. Je lui étais donc reconnaissant de m'avoir laissé dormir. Lorsque je lui demandais où nous allions il me répondit. "Loin d'ici, vous n'en avez pas l'accent".
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vendredi, mai 28, 2010
Un brouillon
Je suis encore loin d'une version finale, reste que ça fait la quatrième fois que je fais une variation sur ce thème et que donc à terme j'aurai au moins un premier chapitre. Voilà donc l'une de ces variations (ou le début).
Elle avait les cheveux bruns, tirant vers le roux, la taille fine. Il avait déjà envie d'elle alors qu'il venait à peine de rentrer dans la pièce. Son membre se tendait. Son être entier semble ainsi s'étirer, chercher à l'atteindre plus vite. Il ferma la porte et attendit. Il avait besoin de la toucher, cela faisait si longtemps. Elle crispa ses épaules lorsqu'elle l'entendit, elle savait que c'était lui. Elle avait toujours eu ce don pour le sentir, le lire comme s'il était transparent pour elle. Cela l'avait désarçonné au début, lui qui se trouvait si malin, si secret.
Il ouvrit la bouche pour murmurer son nom, sa main se leva lentement, anticipant la caresse qu'il lui donnait déjà en songe. Mais elle se tourna brusquement, brisant le rêve éveillé, le ramenant à la triste réalité.
"Vas-t-en, je ne veux plus te voir Romain, tu ne comprends pas?" Elle se jeta sur lui, ses yeux rougis par les pleurs. Depuis qu'elle sait que je vais venir pensa-t-il amèrement. Autrefois, il l'aurait prise dans ses bras, l'aurait laissée le frapper de ses petites mains délicates, il aurait emprisonné sa taille, ses mains l'auraient caressée, sa bouche aurait cherché ses lèvres pour faire taire ses faibles mots de protestations. Peut-être aurait-il alors glissé sa main entre ses jambes, ou l'aurait-il jetée sur le lit où elle serait tombée en soumission. Tout cela changerait son "non" offusqué en "oui" suppliant.
Il l'aurait prise et elle aurait pleuré de joie cette fois. Autrefois. Mais pas aujourd'hui. Sa lettre lui avait glacé le coeur et même s'il l'aimait et la désirait toujours autant il n'arrivait plus à le lui imposer. Il ne pouvait pas la forcer à l'aimer si elle disait en aimer un autre. Même s'il savait qu'elle l'aimait encore. Mais à quoi bon?
Un mari ça se trompe, on le connait, on l'aime tendrement, on y est attaché mais il a perdu le pouvoir de la nouveauté, un prétendant c'était une toute autre affaire, peu importe son statut, son origine (il le haissait déjà), il avait du pouvoir, de quoi séduire, mentir et éblouir.
Un autre amant que lui, plus présent, plus proche, plus réel donc qui lui enlevait son unicité à lui, sa place de roi dans ses yeux à elle et surtout dans son coeur. Il aurait dû se battre comme le font les coqs et les chiens mais il était trop digne pour ça, même pour elle. Il ne voulait pas être différent de celui qu'elle avait aimé. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait encore et il n'avait pas compris. Elle l'aimait oui mais par défaut sans qu'il ait droit au chapitre. Elle aimait comme on aime une peinture et non ce qu'elle dépeint et encore moins l'artiste.
Lui il l'aimait du désespoir car malgré tout ce qu'il avait dans la vie, il ne voulait qu'elle et quelqu'un la lui avait prise, non pire, elle s'était donnée. Un premier venu, un peu intelligent, très charmeur, un homme bon probablement si on avait confiance à son jugement mais un autre homme quand même. Il avait souffert quelque temps enfermé, décidé à vivre sans elle, à vivre malgré elle.
Mais il n'y arrivait pas vraiment, alors il était venu la voir.
Et là, ici, il comprenait enfin qu'elle avait mal, ou qu'elle avait eu mal et qu'elle avait une autre façon que lui de le vivre. Cela l'attrista et il grimaça. Sa main se portant instinctivement à son ventre et puis il sentit les larmes couler sans avoir eu le temps de les retenir mais malgré toutes ses envies de la supplier, de la tenir, de se fâcher et de la prendre là il ne fit rien. Il se força à sourire et dit "Je comprends, c'est probablement mieux ainsi". Il s'effaça lentement, regardant leur image se séparer dans le miroir plutôt que de sonder ses yeux, qu'elle avait comme lui, bleu gris, de peur d'y voir une lueur d'espoir, de désir. La porte se referma sans qu'il embrasse à nouveau cette bouche parfaite. La porte se referme et l'oubli prit le pas. L'oubli complet.
Je clignai des yeux, lentement d'abord, l'espace semblait s'agrandir autour de moi, l'air se rafraîchir, la lumière envahir ma vision, m'aveuglant comme le fait le soleil lorsqu'on viole une chambre de malade en ouvrant les rideaux. Je portai une main protectrice à mon visage, j'essayai à tout le moins. Mon bras resta mollement pendu à mon côté, inerte, alors que les sensations reprenaient droit sur mon corps. La douleur et les fourmis se répandaient à travers moi, je grimaçais. Ankylosé, je pris le temps de regarder alentours. Une forêt insoudable, fraîche, presque froide, inextricable, enchevêtrée, le soleil ne perçant pas la frondaison. J'avais l'impression de sentir l'humus jusqu'ici car tout en elle respirait la putréfaction, la décadance.
Je toussai, sans trop savoir pourquoi, le soleil, la fraîcheur, le corps qui reprenait ses droits par une réaction instinctive et protestatrice.
Lentement mon regard se déporta vers sa droite, sur la plaine coulant entre moi et la forêt, moi sur ma souche, la plaine se cabrant au soleil et s'étirant dans le lointain, grimpant en colline douce où se creusait un chemin de terre brune. Là bas, la route, là se trouvait le destin, je le sentait car en haut de la colline se dessinait une innocente auberge croisée de colombages rassurants, humains, tout comme la fumée à peine perceptible qui paraissait hors de la maigre cheminée.
"Vous voilà enfin revenu dans le monde des vivants?" Je sursautai sur place, tentai de me retourner, en vain, les jambes encore endormies ne m'obéirent pas et je m'affallai mollement sur le côté dans l'herbe tel un pantin auquel on avait joué un mauvais tour et dont on s'était lassé.
Je ne me souvenais de rien, sauf de ce songe, de ce souvenir, cet amour qui me brûlait déjà les entrailles pour une femme dont je ne connaissais même pas le nom. Dont je ne connaissais rien sauf les cheveux, la bouche, les yeux, un corps que j'arrivais presque à sentir sous mes doigts. Mais le pire c'est que j'en savais encore moins sur moi-même. La panique me prit à la gorge. Ma mémoire avait été complètement effacée.
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vendredi, juin 19, 2009
La Nostalgie du Tyran

Bon ben voilà on croit tenir un bout de la corde et puis manque de temps on perds le fil.
J'ai vraiment envie de m'y remettre. Arriver à nouveau à mettre la main sur une histoire que je peux continuer et faire vivre. Qui sait peut-être avec "la nostalgie du tyran" dont voici les premières phrases:
musique d'inspiration: Yann Tiersen - La Valse d'Amélie
J'ai vraiment envie de m'y remettre. Arriver à nouveau à mettre la main sur une histoire que je peux continuer et faire vivre. Qui sait peut-être avec "la nostalgie du tyran" dont voici les premières phrases:
musique d'inspiration: Yann Tiersen - La Valse d'Amélie
Le mécanisme de la boîte à musique s’enclencha lentement, une petite forme d’ivoire se mit à tourner sur son tapis de soie rouge. Les notes cristallines résonnèrent et emplirent l’espace de la tente, rivalisant avec les goutes de pluie qui cognaient sur la toile au dessus. Un doigt fin se posa sur la tête de la danseuse au regard fixe, son propriétaire appréciant la sensation de frottement alors qu’il fermait les yeux et se laissait emporter par l’air cristallin. L’homme avait atteint la quarantaine, les traits tirés, une fine barbe sombre lui parcourait la mâchoire. Ses lèvres souriantes frémissaient comme s’il récitait des paroles qu’il avait du mal à retenir pour lui.
Lentement, il enleva son doigt de l’objet et ouvrit les yeux. La tente était richement meublée, coffre de voyage finement gravés, table de campagne et même un lit avec un couchage. Un braséro au centre de la pièce lui réchauffait le dos. Il claqua violemment le couvercle de la boîte, coupant court à la berceuse. « Enfin ! » ses bras repoussèrent son fauteuil et il se releva en aplanissant les plis de sa longue cape noire.
Des bruits se firent entendre à l’extérieur, un homme ouvrit le battant et se planta à genou devant son seigneur « Lord Katharn, la pluie a cessé comme vous l’aviez prédit ! ». Le froid s’était engouffré avec lui, ce qui fit grimacer Katharn. Mais c’est avec un sourire dénué de chaleur qu’il invita le soldat à se relever, plus pour l’empêcher d’étaler encore plus de boue à l’intérieur que pour offrir un peu de débit à l’homme détrempé.
« Parfait ! Faites seller mon cheval, parure rouge c’est un grand jour. Que les hommes se tiennent prêt, toujours en silence conformément aux ordres. »
mercredi, novembre 19, 2008
Chronique de Kaos - Chapitre 1 : L'ascension du mont Ati Agappe
That's it. Je pense que j'ai trouvé ce qui me manquait pour commencer quelque chose de sérieux, un lien entre les éléments majeurs qui m'intéressaient (tant pis pour les autres). Bref un début, une ligne directrice. Premier chapitre, première découverte de ce nouveau monde qui est très différent du précédent, plus proche de nous, plus réel mais aussi plus loufoque, plus imaginaire. Reste à rentrer tout ça et à écrire. Ah oui évidemment il faut bien qu'il y'ait un couac.Bonne lecture.
Musique d'inspiration: Cultus Ferox - Tamfanae
Il est des choses stupides que l’on fait quand on va mourir. Vincent Duroy ne fut pas une exception à la règle. Premier homme à atteindre le sommet de l’Ati Aggape, le mont des dieux, Vincent ne pensait pas voir son nom passer ainsi à la postérité. L’ascension fut rude, son équipement était rudimentaire. Ses guides l’avaient abandonné à trois mille mètres. D’après eux les dieux prendraient offense s’il continuait. Du haut de sa quarantaine désabusée, Vincent ne croyait pas aux dieux et savait qu’un de ses confrères avait tenté l’expérience l’année précédente. Il avait du abandonner un peu plus haut faute de préparation mais ce sommet serait bientôt vaincu et il ne pouvait pas laisser passer sa chance d’inscrire son nom dans l’histoire. Peut-être renommerait-on même la montagne en hommage.
Emmitouflé comme il le pouvait, sa moustache avait gelé au travers de son cache nez et il ne pouvait plus la lisser de ses doigts. Cela lui manquait. Le vent soufflait et des flocons se plaquait devant ses lunettes. Il devait souvent les retirer pour les essayer. L’ascension était lente et pénible, il manqua choir deux fois mais ce n’était rien comparé au niveau d’épuisement atteint, le vent combattait sans cesse contre vous, tentait d’empêcher le moindre pas en avant comme s’il voulait vous faire rouler jusqu’aux plaines en contrebas. Le toucher glacial s’infiltrait dans le moindre interstice de ses vêtements et il remercia en pensée son frère cycliste qui lui avait conseillé de se plaquer du papier journal sur la poitrine. L’image fugace de son corps gelé retrouvé quelques années plus tard avec les résultats sportifs collé à la peau le fit sourire. Ses lèvres gercées se fendirent mais il ne les sentait plus. Un chalumeau lui servirait de feu ce soir et son autonomie était trop faible pour l’utiliser bien longtemps. Il ne pouvait toujours pas voir le sommet, recouvert de nuages et commençait tout doucement à perdre espoir. Il actionna le levier de sa pompe à oxygène afin de lui redonner un second souffle, le levier grinça et donna du jeu. Il lui faudrait absolument arriver au sommet dès le lendemain sinon il lui faudrait abandonner. Il avait préparé son corps maigre au manque de nourriture mais ici tout était une bataille de l’esprit, de volonté.
Ses yeux bleus perçants, n’arrivait toujours pas à contempler le ciel alors que les nuages l’entouraient doucement. Il avait espérer bénéficier d’un panorama unique, d’une vision mémorable mais il ne voyait que des roches, de la neige et des nuages. Il trouva une anfractuosité qui lui permet de s’abriter du vent pour la nuit mais il dormit à peine deux heures en rêvant du bon repas qu’il ferait en rentrant. Il sursauta en se réveillant, craignant d’avoir trop dormis, ses jambes frigorifiées peinaient déjà à le remettre debout. Il se remit en route péniblement avant le lever du soleil et ce malgré le danger. Il avançait difficilement mais consciencieusement. C’est sans s’en rendre compte qu’il atteignit finalement le sommet. Il perçait le toit de nuage et contemplait le ciel lorsqu’il réalisa qu’il n’y avait plus rien au dessus de lui. Il installa le drapeau Vitalyan au sommet à côté d’une plaque où son nom était gravé en lettre d’or. Elle lui sembla terriblement déplacée ici mais il tenait à ce qu’on ne puisse pas contester son passage.
L’euphorie le gagna enfin, à jamais son nom resterait gravé sur ce sommet. Là tout de suite, il aurait voulu écrire à sa femme Léa mais ses doigts étaient gelés. Il se jura de revenir, avec d’autres cette fois, mieux équipés. Il rit sous cape en pensant à la déconvenue de ses concurrents et à la joie de son mécène. Il recevrait probablement beaucoup d’argent, il ferait des conférences autour du monde et…
Il lui fallait maintenant redescendre, il s’attela à la tâche, tout lui semblait plus facile, il ne sentait plus tellement la fatigue. Sa hâte à redescendre marqua la fin de l’humanité. Là où la montée avait été préparée, planifiée avec soin, la descente n’était que fébrilité insouciante. Il glissa bêtement, comme toujours dans ces cas là. Il tenta de se rattraper fébrilement, il planta son piolet fermement mais il n’accrocha que de la neige et atterrit lourdement sur le sol, sa tête cogna quelque chose de dur et il sombra dans l’inconscience en se sentant glisser doucement vers le précipice.
Il cligna plusieurs fois des paupières avant de recouvrer la vision, son corps tout entier hurlait de douleur, sa tête cognait sans cesse et sa jambe devait être cassée. Il n’arrivait pas à bien voir et mis du temps à réaliser que la nuit était tombée.
Quelques mètres au dessus de lui, les lèvres de pierres qui l’avaient avalées s’ouvraient sur un ciel sans étoile et sans nuage. Il tenta de bouger mais ne put que se trainer sur quelque pouces avant d’hurler de douleur. Ses maigres forces l’abandonnaient d’heure en heure. Il avait échappé de peu à une chute sur des rochers, son sac lui s’y était éventré. Il ne pourrait pas en récupérer grand-chose. Il s’y traina quand même, s’accordant de larges pauses. Au fil des heures, la lune emplit doucement l’espace. Ses rayons bleutés remplirent la grotte et se reflétèrent sur les parois de glace. Après avoir mâché ses dernières provisions, Vincent attendait la mort patiemment. Le froid avait maintenant englouti la douleur de sa jambe brisée. Il n’était plus en vie pour longtemps et se considérait déjà mort afin de limiter l’angoisse qui le tenaillait. Un reflet doré, fugace, attira son attention.
Là, engoncé dans la paroi, une corne. Elle faisait presque un pieds de long. Son embouchure, sertie d’or, ressortait intacte de la glace, à l’air libre comme si le froid n’avait pas d’emprise sur elle.
Le reste de la corne, lui, était enfoncé profondément dans la paroi et en avait presque la couleur. Le blanc d’albâtre qui la recouvrait devait être invisible en plein jour, seul la lune avait permis de la lui révéler. L’instrument était légèrement incurvé avec une extrémité qui semblait évasée mais le tout était assez fin. Suffisamment pour qu’il s’interroge de la provenance de celle-ci. Sans être spécialiste, il ne voyait pas quel animal avait une corne aussi allongée et étroite.
Il s’était relevé sans même s’en rendre compte, sa curiosité piquée au vif. Une pensée soudaine le frappa, n’était-il donc point le premier à avoir vaincu l’Ati Aggape ?
La chaleur se répondit dans ses membres comme une traînée de poudre, la colère l’envahit. Le voilà ridiculisé, ses efforts avaient été faits en vain et il mourrait enfermé ici, oublié de l’histoire.
Il grogna de douleur, tout son corps fourmillait en combattant le froid. Il ne sentait plus ses pieds mais il put quand même s’appuyer sur le valide. Il n’était pas encore mort. Son cœur battait la chamade, ses oreilles sonnaient comme si la trompe attendait sa venue et fêtait maintenant son visiteur. Il se demanda un instant s’il ne délirait pas mais au fond cela importait peu. Un souffle rauque s’échappa de ses lèvres et il réalisa qu’il n’avait pas respiré depuis qu’il avait posé ses yeux sur l’objet insolite. La glace tout autour donnait l’impression d’onduler, il ne savait pas si c’était dû à la lumière lunaire ou à sa santé mentale défaillante.
Il cligna des yeux avec l’impression qu’il avait manqué un instant, la lune quittait doucement l’ouverture sur le ciel. Il lui sembla à lui qu’une éternité s’était écoulée et qu’il l’avait mise à profit pour approcher ses lèvres de l’embout. Quelle idée saugrenue ! L’objet était trop enfoncé pour pouvoir produire le moindre son et il faudrait le travail de dix non de cents hommes pour le déloger. S’il avançait encore ses lèvres, elles resteraient collées à l’embout par l’effet du froid mais comment résister ?
D’où lui venait cet espoir soudain qui lui donnait l’illusion qu’il pourrait libérer l’objet, escalader les trois mètres qui le séparait de l’ouverture et redescendre la montagne avec une jambe cassée, sans équipement ni nourriture.
Folie ! Il rit ou tenta de le faire. Sa gorge endolorie qui n’avait maintenant plus prononcé un seul mot depuis des jours émit un couac pathétique.
Ses lèvres craquèrent, sa main remonta vers son visage hâlé et tira sur son manteau, dégrafa maladroitement des boutons. Il abaissa son cache nez fébrilement, déposant des cristaux de glace sur ses lèvres. Il les poussa contre l’instrument et souffla. Il vida ses poumons affaibli et recommença comme s’il pouvait en sortir un seul son magnifique.
Son cœur battait si fort que ses tympans vibraient en rythme rapide et BOUM BOUM BOUM. Il souffla une dernière fois, sans grand espoir mais euphorique. Le battement se faisait plus insistant, des instruments à vent s’y joignirent. La folie était aux portes de son esprit et dans un moment de bravade, il dansa. Oh rien de bien démonstratif. Il souffrait bien trop pour ça mais ce mince frémissement des hanches et le bras qui tressaillait était tout ce qu’il avait à offrir au monde.
Le dernier geste sain avant de sombrer dans la folie, une sorte de nique à la mort. La musique s’amplifia encore et il aurait voulu rire. Des tambours s’y joignirent, des flutes, des cornemuses qu’il reconnaissait maintenant. Lui, il voulait danser, persuadé que les dieux descendaient des cieux pour l’emporter.
Là, il les vits, déformé par l’épaisseur de la glace, comme s’il les contemplaient de l’autre côté d’une vitre épaisse par un jour de pluie intense. Des formes, des dizaines ou des centaines de milliers, il n’aurait pu le dire, avançaient vers lui. C’était d’eux qu’émanait la musique.
Autour de la corne, la glace se fendillait doucement, sans un bruit qui pu déranger la musique divine. Il recula ou plutôt s’affala au sol, épuisé. Les formes devenaient de plus en plus distinctes, plus massives aussi. La musique se faisait plus forte, la montagne se mit à vibrer, protestant par une avalanche lointaine qui produisit un grondement gigantesque qui sembla à peine un murmure. Rien ne pouvait rivaliser avec la puissance des notes qui faisait vibrer l’air tout autour. Il commença à distinguer les premiers musiciens. Des hommes, fins et pourtant géants, la tête allongée et les mains disproportionnées. Les longs doigts tressautaient sur de longues flutes et leurs pieds virevoltaient entre chaque pas, exécutant une danse complexe et agile. D’autres. Il aurait voulu pouvoir se frotter les yeux mais il était pétrifier. Même sous l’empreinte de la folie, il n’arrivait pas à croire ce qu’il voyait. Quatre jambes massives, chacune lui faisant autant penser à un bœuf par la taille et au lézard par la manière d’évoluer, soutenaient un large torse velu qui tressaillait au son de l’énorme tambour qui y pendait par les épaules. Les cuisses repliées grignotaient la distance presque comme des araignées. Des bras titanesques soutenaient chacun un gourdin qu’ils abattaient sans ménagement sur la peau tendue.
D’autres encore. Des femelles dont les voiles n’était pas dissociés du corps, qui ne semblaient avoir nulle jambe mais des seins lourds qui vibraient et saillaient alors qu’elles tournoyaient encore et encore.
Il y’avait de nombreux êtres difformes qu’il n’arrivait pas à décrire ou appréhender la forme. D’autres bêtes légendaires, disparues, impossibles. Il manqua défaillir en apercevant la source du son de cornemuse.
Des sortes de dandys aux vêtements chamarrés et à la tête gonflée comme une baudruche, prête à exploser, luisant de l’intérieur en dévoilant les vaisseaux sanguins et pire encore. Des dents saillaient d’en dessous, pendantes comme prêtes à tomber. Il ferma les yeux un instant, gagné par la nausée. Et lorsqu’il rouvrit les yeux la procession s’était arrêtée et semblait le cerner de toutes parts. La musique ne s’était pas arrêtée un seul instant et il pensa que son cœur ne tiendrait pas le rythme. Et puis il le vit, ce qu’il pensait être la glace, ou une toile de fonds ou simplement le lointain, cet effet que l’on ne distingue plus quand la distance est trop grande, bref ce qu’il ne voyait pas. Ce n’était qu’un énorme torse remplit de bras, de soie noir et d’yeux. Et lorsqu’il leva les yeux vers ce qui lui servait de tête, il ne put en supporter la vue et tomba dans l’oubli.
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